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Payer pour se soigner : le rapport à l'argent en thérapie

Photo du rédacteur: Laurence.Bieque
Laurence.Bieque
6 sept.
4 min de lecture
Main posant un billet sur une table, illustrant la valeur symbolique du paiement en thérapie

C'est une question que beaucoup se posent avant de consulter, parfois à voix haute, souvent en silence : faut-il vraiment payer pour parler ? Est-ce que ça vaut le prix ? Et pourquoi ce prix, pour si peu de concret en apparence ?

Ces questions méritent une réponse honnête, elles disent déjà quelque chose d'important sur le rapport que chacun entretient avec le soin, la valeur et la dette.


L'argent fait partie du cadre

En psychanalyse, la question de l'honoraire n'est pas accessoire. Elle fait partie intégrante du cadre thérapeutique, au même titre que la régularité des séances, la règle de l'association libre ou le dispositif du divan.

Freud le premier a insisté sur ce point : le paiement des séances engage le patient dans son propre traitement. Il le place en position de sujet actif, qui investit, au sens propre comme au sens figuré, dans son propre travail. Lacan, à sa suite, a fait de l'honoraire une question clinique à part entière : ce que le patient accepte ou refuse de payer, ce qu'il ressent face au règlement, ce qu'il en dit ou n'en dit pas en séance... tout cela est du matériel analytique.


Ce que payer signifie

Payer pour une séance de thérapie, c'est reconnaître que ce qui se passe dans cet espace a une valeur. Pas seulement une valeur marchande, une valeur symbolique. C'est poser un acte concret en direction de soi-même.

Pour certains patients, c'est précisément cela qui résiste. Payer pour soi, c'est se considérer comme digne de recevoir de l'aide. C'est s'accorder une place, du temps, de l'attention ; des choses que beaucoup ont appris très tôt à ne pas réclamer. La résistance au paiement est souvent une résistance à se soigner, une façon de se dire que l'on ne vaut pas cet investissement.

Pour d'autres, la difficulté est inverse : payer crée une dette qui pèse, une obligation de "progresser", de "rentabiliser" les séances. Cette pression, souvent silencieuse, peut entraver la libre expression en séance : on se censure, on se surveille, on veut "en avoir pour son argent".


Le rapport à l'argent comme matériel clinique

Ce que le patient ressent face au règlement de ses séances est rarement anodin. Il arrive que l'argent devienne le lieu d'expression de résistances qui ne peuvent pas encore se dire autrement : oublier de régler, retarder le paiement, mettre en doute la légitimité du tarif, autant de façons pour l'inconscient de dire quelque chose que la parole ne parvient pas encore à formuler.

Une observation clinique, sans jugement. Et c'est pour cela que ces moments méritent d'être accueillis avec la même attention que n'importe quel autre contenu de séance.


"C'est trop cher" : une phrase à entendre autrement

La question du coût est réelle et légitime. Une thérapie représente un investissement financier significatif, accessible différemment selon les situations. Une réalité à prendre au sérieux.

Mais il arrive aussi que "c'est trop cher" soit une façon de dire autre chose : "je ne suis pas sûr de mériter ça", ou "j'ai peur de ce que je pourrais découvrir", ou encore "je ne crois pas que ça puisse m'aider". Ces résistances sont d'ordre psychique, non financier.

La question utile à se poser n'est pas seulement combien ça coûte, mais qu'est-ce que ça vaut pour moi, et ce que cette valeur dit de la place que je m'accorde.


Gratuité et thérapie : une équation compliquée

Il existe des dispositifs de soin psychique gratuits ou à tarif réduit : CMP, CMPP, associations. Ils répondent à un besoin réel et leur existence est précieuse. Ils ne sont pas en cause ici.

Ce qui mérite d'être interrogé, c'est ce que la demande de gratuité dit parfois du patient lui-même, et du rapport qu'il entretient avec le soin.

Notre système social a construit une représentation du soin comme quelque chose qui est dû : on tombe malade, on consulte un médecin, on est pris en charge. Ce modèle est celui du soin physique, légitime, nécessaire, organisé autour de la guérison d'un corps souffrant. Le soin psychiatrique, parce qu'il s'inscrit dans un cadre médical, y est également rattaché.

La démarche analytique est d'une toute autre nature. Elle ne vise pas la guérison au sens médical du terme. Elle ne soigne pas quelqu'un : elle accompagne quelqu'un à se "soigner" lui-même. La visée n'est pas que l'Autre prenne soin de soi à sa place, mais que le sujet apprenne à prendre soin de lui-même pour lui-même. Devenir soi, un adulte capable de s'occuper de lui-même, plutôt que rester dans la position passive (infantile...?) de celui ou celle dont l'Autre doit s'occuper.

C'est là que la question de la gratuité devient cliniquement intéressante. Attendre que le soin soit gratuit, ou considérer qu'il devrait l'être, peut dire quelque chose de cette position : que c'est à l'autre de prendre soin, que le sujet n'est pas encore à même de s'occuper de lui-même, ou qu'il n'en est pas encore là psychiquement. Parfois parce qu'il n'est pas prêt. Parfois parce que la jouissance du symptôme le maintient là où il est. Parfois parce qu'il n'a jamais appris à se considérer comme digne d'un investissement.

Ce n'est pas un jugement mais une piste de travail. Et Freud l'avait déjà noté : le traitement gratuit tend à alourdir le transfert négatif et à réduire les résistances utiles. L'argent, comme le temps, est l'une des façons dont le sujet pose un acte en direction de lui-même ; et cet acte-là a une valeur thérapeutique propre.


Ce que je pratique

Les honoraires que je pratique correspondent à une réalité économique, celle d'une pratique libérale qui ne bénéficie d'aucun remboursement de l'Assurance Maladie. Ils reflètent aussi la valeur que j'accorde à ce qui se passe en séance : du temps, une présence, une attention soutenue, une formation continue et un engagement dans ma propre supervision.

J'affiche des tarifs uniques. Dans la pratique, des ajustements sont possibles selon les situations : nous en parlons lors de la première consultation, simplement et sans détour. L'argent, comme tout le reste, peut se dire en séance.


Prendre rendez-vous

Si vous souhaitez en savoir plus sur les tarifs ou poser vos questions avant de vous décider, je suis disponible par téléphone ou par mail.


Laurence Bieque | Psychanalyste, praticienne en psychothérapie et sexothérapeute à Albi


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