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Qu'est-ce que le deuil ? Une lecture psychanalytique

  • Photo du rédacteur: Laurence.Bieque
    Laurence.Bieque
  • 17 juil.
  • 4 min de lecture
Statue d'ange évoquant le deuil, la réflexion et la souffrance

Le mot deuil irrigue aujourd'hui le discours ordinaire bien au-delà de son acception clinique. On fait le deuil d'une relation, d'un emploi, d'un idéal, d'une version de soi-même. Cette extension du terme n'est pas un abus de langage ; elle pointe au contraire quelque chose de juste : le deuil est une expérience psychique fondamentale, qui dépasse largement la seule mort d'un être cher.

Mais qu'est-ce que le deuil, précisément, au sens psychanalytique ? Que se passe-t-il en nous quand nous perdons quelque chose ou quelqu'un à qui nous étions profondément attachés ?


Freud et le travail de deuil

C'est Freud qui, le premier, a théorisé le deuil comme un processus psychique actif. Dans son texte fondateur Deuil et mélancolie (1917), il décrit le deuil comme une réaction à la perte d'un objet aimé, qu'il s'agisse d'une personne, d'un idéal, d'une liberté, ou de toute autre chose à laquelle le sujet était profondément attaché.

Pour Freud, le deuil n'est pas un état passif que l'on subit, c'est un travail. Un travail psychique long et douloureux, qui consiste à désinvestir progressivement l'objet perdu. Le moi (instance moïque) doit accepter l'épreuve de réalité, c'est-à-dire que la réalité lui impose de renoncer à ce qu'il aimait, et retirer peu à peu l'énergie psychique (la libido) qu'il avait investie dans cet objet.

Ce retrait n'est pas une trahison. C'est ce qui permet, à terme, de réinvestir la vie.


Le deuil n'est pas la mélancolie

Dans son ouvrage, Freud distingue le deuil de la mélancolie. En outre, dans le deuil, le sujet sait ce qu'il a perdu. La douleur est réelle, le monde apparaît vide et appauvri ; mais le moi reste intact. Le travail de deuil peut s'accomplir, même douloureusement.

Dans la mélancolie, quelque chose se bloque. Le sujet ne sait pas toujours clairement ce qu'il a perdu, ou plutôt, la perte touche à quelque chose de plus profond, de plus archaïque. La souffrance se retourne alors contre le moi lui-même : c'est le moi qui se sent vide, indigne, et qui s'adresse des reproches (auto-accusations). Le monde n'est pas appauvri, c'est le moi lui-même qui est appauvri.

Cette distinction est cliniquement essentielle : elle explique pourquoi certains deuils se bloquent, se chronicisent, ou prennent des formes qui dépassent la réaction attendue à une perte.


La perte et l'objet d'amour

En psychanalyse, ce que l'on perd dans un deuil, c'est toujours un objet d'amour, au sens analytique du terme. Non pas un objet au sens courant, mais ce à quoi le sujet était attaché, ce qui donnait sens et valeur à son existence, ce autour de quoi s'organisait une part de son désir.

Cet objet peut être une personne, mais aussi une fonction, un rôle, une image de soi, un projet de vie. C'est pourquoi la perte d'un emploi, d'une relation, d'un idéal ou d'une capacité physique peut déclencher un véritable travail de deuil.

Et c'est pourquoi certains deuils sont si difficiles à nommer, notamment parce que ce que l'on a perdu n'est pas toujours reconnu comme une perte légitime par l'entourage, par la société, voire par soi-même.


Pourquoi certains deuils se bloquent

Tous les deuils ne se vivent pas de la même façon. Plusieurs facteurs peuvent entraver le travail de deuil :

  • La nature de la relation à l'objet perdu

Lorsque la relation était ambivalente, c'est-à-dire mêlant amour et haine, attachement et ressentiment, le deuil est souvent plus complexe. La culpabilité, la colère non résolue ou les regrets peuvent entraver le processus de désinvestissement.

  • La résonance avec des pertes antérieures

Un deuil en réveille souvent d'autres. Une perte récente peut rouvrir des blessures plus anciennes, parfois très précoces, qui n'avaient jamais été traversées. Le sujet se retrouve alors à faire face non seulement à la perte actuelle, mais à tout ce qu'elle mobilise dans son histoire.

  • Le rapport archaïque à la perte

Chaque sujet, chaque personne a un rapport à la perte qui s'est construit très tôt, dans les premières expériences de séparation et d'absence de sa vie. Lorsque ce rapport est fragilisé (par des séparations précoces, des deuils non reconnus, des attachements insécures...), tout nouveau deuil réactive quelque chose de très fondamental, et vient colorer le travail de deuil d'une façon particulière et tout à fait spécifique à chaque sujet.


Le deuil comme moment de transformation

Il serait réducteur de ne voir dans le deuil qu'une épreuve à surmonter. La psychanalyse nous enseigne aussi que le deuil est un moment de transformation psychique.

En nous contraignant à nous déprendre de ce à quoi nous étions attachés, il nous oblige à nous redéfinir. Qui suis-je sans cet être, sans ce rôle, sans cette image de moi-même ? Cette question, aussi douloureuse soit-elle, est aussi une invitation à se rencontrer autrement.

Le travail de deuil accompli n'efface pas la perte ; il la déplace. Ce qui était dehors, dans la réalité, se construit progressivement au-dedans, comme une présence intériorisée qui ne s'oppose plus à la vie.


Se faire accompagner dans ce travail

Toute expérience de deuil n'appelle pas nécessairement un accompagnement thérapeutique. Mais certains deuils, par leur complexité, leur ancienneté ou ce qu'ils réactivent, nécessitent un espace dédié pour que le travail psychique puisse s'accomplir.

C'est précisément ce que propose l'espace analytique : non pas accélérer le deuil, ni le résoudre à la place du sujet, mais créer les conditions pour qu'il puisse se mettre en mouvement et s'accomplir à son rythme.

Si vous vivez un deuil qui résiste, je suis disponible par téléphone ou par mail pour en parler.


Laurence Bieque | Psychanalyste, praticienne en psychothérapie et sexothérapeute à Albi


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